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lundi 4 août 2014

11 semaines ou la fin du premier trimestre

Eh oui! Mon premier trimestre touche enfin à sa fin. Dans environ 13 jours, je débuterai la grande aventure du 2e trimestre. Dans 8 jours, j'entendrai (si la vie le veut bien) le coeur de mon bébé battre à travers le Doppler de mon gynécologue. Dans 14 jours, j'aurai peut-être la chance de le voir enfin sur l'écran du radiologue de chez Fertylis, où j'irai passer mon prénatest (dépistage de la trisomie et autres malformations).

Je compte tous ces jours avec une minutie qui outrepasse le domaine du raisonnable, de même qu'avec une angoisse digne d'un ado qui écoute un film d'horreur des année 90. Je suis terrorisée. Jusqu'à il y a quelques jours, ça allait, mais là, toute rationalité a quitté mon cerveau, ne me laissant qu'une vague conscience du temps qui passe beaucoup trop lentement. J'ai même tenté de devancer les deux rendez-vous cités plus haut. Sans succès. Car pas vraiment de raison valable. Outre ma santé mentale. Qui, semble-t-il, intéresse bien peu les professionnels de la santé qui gèrent ma grossesse, et ce depuis le début, depuis bien avant en fait. Depuis que je fais des fausses couches, que ce soit mon gynéco de grossesse, mon gynéco régulier, mon médecin de famille, toutes leurs secrétaires, je dirais que tout ce beau monde se fiche pas mal de mon état mental.

Le fait que le stress est archi-mauvais pour la grossesse, c'est un fait reconnu universellement. Mais de là à faire quelque chose pour m'aider à me libérer du dit stress... faudrait pas trop en demander.

Vous avez lu le sarcasme dans mes lignes? (Sinon, allez vous acheter des lunettes...)

Bref, j'aurais bien aimé être rassurée, mais ça ne sera pas possible. À moins que je perde du sang. Là, ils vont me voir. Bande de cons. Si je perd du sang, il sera déjà trop tard. Je le sais, c'est arrivé 3 fois. Les 3 fois, on m'a regardé d'un air simili-désolé-fake en me disant que c'était une fausse couche, qu'une fois que ça saignait, c'était fichu.

Donc si je comprends bien, pas de sang = on refuse de me voir car on assume que tout va bien. Appelez-nous si vous saignez madame. Si je saigne = on refuse tout autant de me voir, ça ne sert à rien, il est trop tard madame. Revenez faire une prise de sang demain, on vous confirmera que vos hormones ont descendu.

Il faut quoi pour avoir un suivi prénatal qui a de l'allure bordel? TOUS les bouquins, TOUS les sites que je lis, disent que quand on fait des fausses couches à répétition, il FAUT un suivi prénatal plus serré. Mais au Québec, personne ne le donne, ce foutu suivi prénatal plus serré.

Alors j'angoisse. J'insomnise. Je craque un peu. Et je compte les jours. Les nuits. Les heures. Les putain de minutes.

SI (et j'insiste sur le SI) tout va bien, j'en suis à 11 semaines. Bébé devrait avoir la taille d'une figue. Et il devrait être entièrement formé, des dix doigts aux dix orteils. Techniquement, il embarque dans sa phase «poussée de croissance» et devrait doubler de grandeur dans les semaines à venir.

J'ai si hâte de le voir sur cet écran, d'entendre ce son de battement de coeur qui ressemble à la course d'un cheval... j'ai tant besoin d'être rassurée.

Une grossesse après toutes ces épreuves, ça n'a vraiment absolument rien de joyeux. Je voudrais seulement me réveiller au 1er mars, avoir ma césarienne et tenir ma petite grenouille dans mes bras.

S'il vous plaît?



vendredi 17 août 2012

Un kyste dermoïde

Ce post n'a rien à voir avec mon désir d'avoir un deuxième enfant ou une future grossesse. Il raconte une aventure que mon conjoint, mon fils et moi avons vécu au printemps 2011. La plus difficile de ma vie.

En décembre 2010, Damien avait alors 11 mois, nous lui avons trouvé une bonne bosse sur la tête. Ça avait l'air d'une prune. On s'est dit qu'il se cognait tout le temps ; rien de plus naturel. On ne s'est pas inquiétés.

Après 2 mois on s'est dit «Coudonc, ça dure combien de temps, une prune?» alors on est allés chez la pédiatre, qui nous a envoyés à Ste-Justine. Déjà, le stress embarque. Avez-vous déjà essayé de faire passer une radiographie à un mousse de 12 mois? Mission impossible. Il a fallu enrouler mon fils dans une serviette, le coincer entre 2 planches de bois et que je le maintienne en position. Déjà, passer un scan, c'est désagréable. Avoir l'impression de traiter son fils comme un animal indiscipliné pour l'empêcher de bouger pendant qu'il hurle, c'est carrément à se trancher les veines.

Mais je n'avais encore rien vu.

La radio n'a pas vraiment été utile. Alors ils nous ont fait passer une échographie cervicale. Là, ils ont vu quelque chose. MAIS ILS NE SAVAIENT PAS CE QUE C'ÉTAIT.

C'est là que le monde arrête de tourner. Quand un radiologue, dans la cinquantaine (donc qui a l'air d'avoir une bonne expérience) du meilleur hôpital pour enfants de la grande région de Montréal, te dit qu'il n'a jamais vu ça de sa carrière, tu CAPOTES. Le tourbillon d'émotions contradictoires est hallucinant : rage de se trouver devant un radiologue incompétent, injustice que ce soit TON enfant qui subisse ça, incompréhension (ça ne peut PAS nous arriver??!?), détresse ultime, tristesse immense, terreur incontrôlable. Et ensuite le mot saute dans ton esprit avec l'agilité d'un olympien triple-médaillé d'or : CANCER. Je suis sûre que c'est un cancer. Un type de cancer encore inconnu. Alors les autres mots déboulent : chimio, radiothérapie, perte de cheveux, système immunitaire déficient, hôpital, traitements, mort... mort? Pour vrai? Un bébé, ça ne peut pas mourir, non?

Je n'ai jamais été aussi malheureuse de ma vie. Ces quelques minutes ont été un calvaire.

Et le radiologue nous quitte en disant «Je vais voir ça avec des collègues, on vous rappelle dans quelques jours.» QUOI? Parce que tu penses que je vais vivre ça pendant quelques jours? Euh, non.

Je me suis effondrée. Kevin me suppliait de me calmer, pour que Damien ne soit pas effrayé. Il n'y a rien qui bouleverse davantage mon fils que sa maman qui pleure ou qui a mal, et ce depuis qu'il est en âge d'exprimer des émotions.

Les quelques minutes où j'ai tenté de reprendre mon calme ont été un coup du destin : elles ont permis que nous soyons encore là quand le radiologue est revenu. Pour nous dire qu'il avait parlé à un collègue, et que lui savait c'était quoi. Alleluia!

Un kyste dermoïde. Pardon? Un kyste dermoïde. Des cellules de peau et/ou de poils, qui ne sont pas à leur place. Au lieu d'être dans la peau, elles sont dans l'os. WTF? Pas en-dessous de l'os, non, DANS l'os. Dans la couche d'os qui recouvre le cerveau de mon bébé. Et comme des cellules de peau, ça se desquame, alors ça grossit, à perpétuité.

Ok, alors on fait quoi?

On opère.

Comment ça on opère? On ne va pas ouvrir le crâne de mon fils? Si.

La deuxième bombe. Opération en neurochirurgie. Le plus vite possible. Rencontre avec le neurochirurgien, chef du service de neuro de Ste-Justine. Super gentil le monsieur. On vous appellera dès qu'on aura une place dans l'horaire. Vous devrez prendre une semaine de congé. (Une semaine? Je prendrai un an s'il faut.)

Ça prend un mois avant de recevoir le-dit appel. Ma patronne, super compréhensive, ne dit pas un mot, si ce n'est pour me faire savoir que toute mon équipe au boulot pense à moi et est avec moi. Le soutien, c'est précieux.

Un dimanche soir, le 27 mars 2011, on entre à Ste-Justine. Maman va dormir là avec Damien. Il n'y a qu'un seul lit, de la place que pour une personne. Ça a du être déchirant pour Kevin de repartir dormir à la maison.  Damien a découvert la salle de jeu de l'hôpital. On lui pose un cathéter. Ça va relativement bien. On rencontre nos compatriotes de chambre.

Damien, la veille de son opération, à Ste-Justine

Le lendemain matin, Kevin était là à 5h. L'opération est prévue pour 13h. Damien doit être à jeûn. Premier combat. Damien a 14 mois : il n'a jamais connu la faim. Il hurle tout l'avant-midi, souffre, crie, pleure, ne comprend pas. Nous devons le consoler, et attendre. En milieu d'avant-midi, il passe une résonance magnétique, pour confirmer le diagnostic (WTF? le jour de l'opération??) Première anesthésie générale, car on ne doit pas bouger pendant 45 minutes pour un scanner. Explique ça à un bébé affamé. Donc premier stress intense. J'ai le droit d'entrer avec mon fils dans la salle de résonance magnétique. Je le surveille. Je pleure. Je ne le lâche pas des yeux. Je me dis que je ne le lâcherai plus jamais des yeux de toute ma vie, après.

Le scan confirme le diagnostic. Damien se réveille. L'anesthésie a un drôle d'effet. Donne l'impression qu'il a bu de l'alcool. Damien rit en se réveillant, est incapable de coordonner ses mouvements. On réussit à trouver ça drôle. Le stress, peut-être. Papy et Mamie sont là, avec nous.

Réveil après la première anesthésie
Puis, on entre au bloc opératoire. Damien a fini par s'endormir d'épuisement à force d'avoir hurlé sa faim et sa douleur tout l'avant-midi. Dans les bras de papa. Un infirmier vient le chercher. On le dépose sur le lit roulant. Avec l'impression de perdre une partie de notre coeur. La peur, non, la terreur, de le voir sortir de la pièce en se disant que c'est possible, qu'il n'en ressorte pas, s'il y a des complications à l'opération... il n'y a pas de mot pour décrire ce sentiment d'impuissance et de perte. Je me suis effondrée sur une chaise, dans cette petite salle d'attente minable aux murs jaunis, avec tous ces autres parents qui vivaient quelque chose de semblable. Je me suis endormie. Probablement parce que mon corps n'arrivait plus à suivre mes émotions.

2h plus tard, le médecin est venu nous dire que c'était terminé, que tout avait bien été. Que nous allions voir notre fils dans 15 minutes. Quand il est arrivé, sur son lit roulant, poussé par un infirmier jovial et souriant, ça a été le plus beau moment de ma vie. Il avait sa petite jaquette jaune, son ourson dans la bouche, des petits yeux fatigués et un sourire... le plus beau des sourires. Le soleil en personne. Je ne fais que l'écrire et je frissonne, les larmes aux yeux. Le plus beau moment de ma vie. Plus encore que sa naissance. J'avais tellement eu peur de le perdre...

Mon bébé, fiévreux mais sans danger, se repose après l'opération.

Damien s'est rétabli comme un champion. Il est sorti de l'hôpital le lendemain midi. Papy est venu nous chercher, car papa travaillait. Maman a pris la semaine de congé. Plus tard, les analyses ont démontré que le kyste était bénin, aucune cellule cancéreuse n'avait attaqué mon trésor. C'est à partir de ce moment que j'ai toujours appelé Damien mon trésor. Parce que c'est ce que j'ai de plus précieux au monde, et que j'ai eu si peur qu'on me l'enlève.

Le lendemain matin de l'opération
La cicatrice
Mai 2011, mon trésor est guéri.
Aimez vos enfants comme si chaque jour était un cadeau du ciel. Profitez de chaque minute comme si c'était la dernière. Le temps que nous passons avec eux ne nous est que prêté.

Damien, je t'aime plus que la vie même.

Maman xxxxxxxxx